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La danse des coqs (page 4/9)

    Etrangement, il n'y a pas de transfert d'agressivité du public sur les oiseaux, pas de passion malsaine, ni cruelle, mais beaucoup d'admiration et de fierté pour les prouesses guerrières. Les combats s'enchaînent. Au suivant! Le spectacle recommence. Le drame se répète. Les cris d'enthousiasme succèdent aux exclamations de dépit. La terre "du rond" est mouillée. Les voix repartent de plus belle. De défaites en victoires, elles rythment la succession des combats. L'enjeu demeure au cœur du cercle. La victoire d'un coq n'est pas seulement la sienne ou celle de son propriétaire. C'est celle de tous ceux qui croyaient en lui.

    
coqs dans l'arène
    Soudain, le calme revient. Le Pitt se vide. Les combats sont finis. La tension retombe d'un coup. Chacun repart avec son sentiment, avec ou sans son coq. Au passage, le bar recouvert d'une toile cirée arrête le chaland pour proposer un petit remontant, ou de quoi fêter la victoire. Devant un verre en Duralex, ultime rituel de l'événement, c'est la discussion. Ou le grand silence.


    «Ici, la parole donnée pour les paris est respectée, c'est la règle du jeu». Le perdant honorera sa dette immédiatement à l'issue du combat. Plus qu'une occupation ou un passe temps, ce loisir brasse les plus importantes sommes d'argent de la région. Des petites mises aux grosses coupures, les billets changent de main. Généralement, les pertes et les gains s'équilibrent au cours d'une année. Pourtant, il se dit que certains vont jusqu'à céder leurs biens matériels, y compris leur maison, pour assouvir leur passion de ce jeu-là. Alors, la chute s'avère difficile. Le verbe s'enflamme. Parfois, la querelle tourne mal. Celui qui a perdu a toujours envie de gagner. Ainsi, l'homme, submergé de colère, rejoue la danse du coq, hors l'arène.