Rires et discussions chauffent l'atmosphère autour de la petite table. Quelques
commentaires familiers fusent. Plaisanteries et souvenirs s'échangent entre ceux
qui, déjà, usent d'un langage commun. Il est vrai que tout le monde se connaît,
ou presque. Mais un mur d'indifférence se dresse entre le novice, seul, et ce petit
monde aux contours chaleureux. La clé de la porte de cette micro-société : le lan-
gage. Le vocabulaire technique préserve, entre autres, quelque secret de prépara-
tion. Ainsi, on entend parler du "mangé bec", du "coup d'blanc" porté, du "bec
douvan" ou du "coup d'zaile gauche", expressions créoles qui écartent efficace-
ment le non-initié. La cour réunit, de fait, les détenteurs d'une connaissance parti-
culière. Pour l'étranger, le mystère opacifie le déroulement d'un véritable rituel.
La pesée se termine. Les regards
se croisent. Le suspense monte.
Plus loin, la maîtresse des lieux s’installe derrière son guichet improvisé. La
petite boîte en fer sur laquelle tintent les pièces de monnaie servira de caisse. Le
public paye six euros pour son droit d’entrée. Les propriétaires de coqs s’acquit-
tent du prix de leur engagement. Au fur et à mesure, la patronne touchera un
pourcentage sur les enjeux au titre d’organisateur. Les gros éleveurs cherchent à
compenser les frais de leurs élevages par les gains qu’ils tirent de l’exploitation
d’un "Pitt".